Est-ce que toi aussi tu me détestes, d'avoir un jour pu quitter Brest ?
Est-ce l'instinct, la reconnaissance du ventre, ou simplement la nostalgie, qui nous pousse à toujours revenir.
Revenir là où on a grandi, où on a appris, où on a fini notre adolescence avec plus ou moins de bonheur.
Bien qu'on s'en défende parfois, on a choisi de partir, même si l'on regarde en arrière, même si on prétend être resté.
Une ville qu'on a quitté n'est plus jamais vraiment la même. Elle ne nous appartient plus. On revient en terre étrangère, en touriste, sur ces places qu'on connaissait par coeur, on se perd à
présent dans des rues qui n'avaient, encore hier, aucun secret pour nous. Notre ville n'est plus à nous. Elle s'est abstenue de nous le reprocher, mais elle a changé sans nous, et quand on
revient, ce constat nous frappe avec la molesse froide d'un drap humide : elle n'a pas eu besoin de nous pour continuer à vivre.
Et les vies continuent donc, dans ces univers parallèles, qu'on soit à Paris, à Rennes, à Londres ou ailleurs, Brest vieillira, grandira, s'amusera sans nous, et chaque retour sera un peu plus différent.
Est-ce que toi aussi tu me détestes d'avoir un jour pu quitter Brest, il fallait bien qu'un jour je disparaisse.
Doit-on toujours protéger l'espèce ?
Je me demande, parfois, si un jour je serai de nouveau chez moi quelque part.
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